Les chemins de la confiance | Jacques Auberger | TEDxAlsaceSalon

by: TEDx Talks

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Traducteur: Hélène Vernet Relecteur: eric vautier


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J'ai 22 ans. J'ai passé mon bac à Strasbourg, et après mon bac, j'ai décidé de ne pas faire d'études. Si j'ai décidé de ne pas faire d'études, c'est parce que j'ai une sorte d'intuition, et j'ai l'impression qu'elle entre en contradiction avec le concept d'études. Je vais vous partager mon intuition : j'ai l'impression qu'il se passe, en ce moment et depuis quelques années, quelque chose de remarquable. J'ai l'impression qu'on est tous de plus en plus attentifs au monde qui nous entoure. J'ai l'impression que les gens qui sont arrivés avant moi - les générations précédentes - sont en train d'affiner leur conception du monde et sont prêts, de plus en plus, à admettre une forme de transversalité dans leurs modes de jugement, qui prennent ainsi en compte l'importance de certains détails. Alors, je résume en termes vagues, parce que c'est plus une intuition, et de l'ordre du ressenti. Globalement, je me rends compte que si je n'ai pas fait d'études, c'est parce que, par exemple, je ne reconnais pas le côté transversal et décloisonné dans les études, Par exemple, au lycée, on va parler de religion et d'économie, mais pas d'économie des religions. On va parler de marketing, de médecine, mais on ne va pas parler du marketing de la médecine. Éventuellement, on va parler de l'Histoire de l'art, mais on ne va pas parler de l'art de l'Histoire. Une autre chose me dérangeait, c'est le manque de recul, globalement. J'ai l'impression que dans le monde dans lequel on va, on va prendre tous de plus en plus de recul, et devenir de plus en plus lucides par rapport à la vie, au monde qui nous entoure, et au miracle qu'est la vie. Si j'étais directeur de lycée, ou si j'étais professeur ou instituteur, j'arriverais le premier jour, et je dirais : « Bonjour les enfants. Avant que nous ne commencions à tourner autour du pot, j'aimerais que vous gardiez à l'esprit que personne n'est en mesure d'établir rationnellement pourquoi ni comment nous sommes en vie, ici, sur Terre. » Voilà ! Là, c'est honnête. C'est ça dont je veux parler, c'est ça qui m'intéresse. Je trouve qu'au lycée, on était gênés. On ne parle jamais de l'infini, de ces petits doutes qu'on a tous au fond de nous. Et j'ai développé une sorte de complexe de l'infini. Je n'osais pas trop en parler, et c'est pour ça que j'ai fini par en peindre un tableau dont la photo est ici. C'est une spirale, qui commence dans l'infiniment petit, pour symboliser le mouvement de ces petites particules gravitant autour de petites particules avec le vide entre les deux, et qui, dans ce mouvement-là, crée le monde qui nous entoure. Là, la spirale prend un aspect plus cubique pour symboliser le monde fait de tables, de chaises, de maisons, de voitures à quatre roues, de fusées qui s'envolent pour aller voir de plus près ces énormes particules qui tournent autour de grandes particules, faites elles-mêmes de petites particules et le vide entre les deux. Je voulais commencer en disant que s'il y a bien quelque chose en quoi je ne doute pas, c'est que le monde dans lequel nous vivons est tout à fait particulier. J'ai déménagé à Paris parce que je me suis rendu compte que tous mes amis, les uns après les autres, allaient faire leurs études à Paris. Quand je suis arrivé à Paris, j'étais le seul à ne pas faire d'études, donc, j'avais pas mal de temps libre. J'aimerais vous raconter, maintenant, ce qu'il s'est passé pendant que mes amis étaient en cours, et comment j'ai réussi à exploiter ce temps libre. J'avais tout le temps ma guitare sur moi quand je me baladais dans la rue, ce qui me permettait de rencontrer pas mal de gens. Une question revenait souvent : « Qu'est-ce que tu fais comme études ? » J'étais obligé de répondre en dehors de la question en disant : « Je n'ai pas spécialement envie de me spécialiser » ou plutôt « Je n'ai spécialement pas envie de me spécialiser. » Je me suis rendu compte que si mes amis faisaient des études, c'est aussi parce qu'il faut bien faire quelque chose de nos journées. Alors je me suis dit : il faut que je commence à entreprendre quelque chose. Avec trois amis de Strasbourg, on a eu l'idée... (Rires) de faire la fête, non pas faire la fête juste comme ça, mais organiser la fête. On dit souvent que le cinéma, c'est un art qui permet de mélanger tous les autres arts. En fait, j'ai remarqué que quand on fait la fête, c'est un art, pour moi, qui permet de mélanger tous les autres arts, dont le cinéma et la vidéo. Comme j'avais pas mal d'amis qui faisaient des études dans les différents domaines, on a fini par monter une sorte de collectif. Pour moi qui ne comptais pas vraiment me spécialiser, organiser des soirées, c'était plutôt idéal, car j'avais cette transversalité, ce décloisonnement que je cherchais. On s'est réuni, et on a étudié le schéma classique d'une soirée. Une soirée à Paris, c'est quoi ? Il y a un lieu de rendez-vous. Après, il y a de la musique. Il va y avoir deux voire trois DJ. Et puis après, on se bourre la gueule. Voilà, en gros, c'est ça. Le concept est assez simple. (Rires) Ensuite, on s'est mis à douter de l'efficacité de ce schéma, et on s'est dit : « On va le remettre en question. » Avec la dizaine d'amis strasbourgeois plus d'autres rencontres faites sur la route, on a monté les soirées « Pain surprises » - pain « surprises » parce que tout est surprise. Il y a un « s » à « surprises » parce qu'il y a plusieurs surprises. On est arrivé à mettre au point un schéma de soirée que je vais vous présenter tout de suite, qui commence par « le mystère » - les gens aiment bien le mystère. Ce qu'on a fait, c'est sortir une vidéo qui dit : « Rendez-vous telle heure, tel endroit, faites-nous confiance. » Ça commence comme ça. Puis, on s'est dit : quand les gens allaient arriver, il fallait, évidemment, le lieu, et dans ce lieu, de la musique. On ne va pas mettre trois DJ mais cinq. Comme il y a de moins en moins de concerts dans les boîtes de nuit, on s'est dit : « On va rajouter un concert », un concert quand les gens arrivent, et un concert à 3 h du matin, au moment où ils ne s'y attendent même plus. Là, on s'est dit : « Ça ne suffit pas. » En soirée, on aime bien être choqué, être surpris, être étonné. On aime bien, parfois, réfléchir sur certains sujets. C'est là qu'on s'est dit : « On va rajouter des happenings. » Ils vont être divisés en deux catégories, les performances qui apparaissent à n'importe quel moment de la soirée, et les attractions, plus fixes. Là, on s'est dit : « Si on arrive à mettre au point ça, on peut se bourrer la gueule. » Là, c'est quelques photos des vidéos qu'on a faites. Voilà un certain nombre de vues. On s'est dit : « Si une personne sur dix qui voit les vidéos vient, on est bien. » Les soirées ont bien marché, même très bien marché. En fait, on a fait complet tous les soirs. On a fait 8 grosses soirées, et réuni à peu près 5 000 personnes à Paris. Là, c'est un exemple d'attraction : une femme avec un cobra, Là, c'est une culturiste. On invitait les garçons à venir faire un bras de fer avec une culturiste pour gagner un verre et l'offrir à une copine. Là, c'est plus choquant : un concours de burqa mouillée. On rentre dans le vif. (Rires) On a ressuscité Claude François, le temps d'une chanson, Là, ce sont nos danseurs. Je me suis posé la question : « Pourquoi ça a marché ? » En fait, si ça a marché, c'est parce qu'on n'a eu aucun scrupule à remettre en question la norme. On a douté sur le schéma classique. Au fur et à mesure des soirées, on a douté de nous-mêmes. Voilà deux doutes, pour moi, qui sont bons : remettre en question l'usage - une chose que j'aime bien faire - et se remettre en question soi-même. Pour ça, il faut avoir un maximum de confiance. Ça ne marche pas sans la confiance. Pour exercer ma confiance en moi, je me suis dit : « Il faudrait que je m'exerce en entrant en contradiction un petit peu avec la norme. » J'ai constaté que les gens de mon âge, pour se sentir un peu en dehors de la norme, vont se raser sur les côtés : c'est la nouvelle coiffure. Donc, je me suis dit : « Si je veux travailler ma confiance en moi, ce que je vais faire, c'est l'inverse. » Je vais vous laisser voir ça. (Rires) Ça fait un peu comme une sorte de calvitie. (Applaudissements) C'est la coiffure que personne ne souhaite, en fait. (Rires) Donc, j'ai décidé de l'adopter. En fait, les deux ou trois premiers jours, ou la première semaine, quand on se balade dans la rue, c'est un peu difficile. Après, ça va, et on développe une nouvelle confiance. Maintenant que je suis à nu devant vous, j'aimerais vous parler d'une deuxième aventure.


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J'avais ma guitare tout le temps avec moi, comme je vous l'ai dit, et sur mes trajets, je passais toujours par la même station de métro, à Paris. Je croisais toujours le même clochard, avec une guitare, avec qui j'ai sympathisé car si tu as une guitare, et j'ai une guitare, on joue. Donc, je jouais avec lui, parfois, quand je le croisais, jusqu'au jour où je le vois, et il avait l'air vraiment mal, un peu dépité. On commence à discuter, et il me dit qu'il n'était vraiment pas bien, que plus personne, plus rien ne comptait pour lui, et que si je n'étais pas arrivé, il se serait jeté sous le métro. Du coup, je l'ai pris, et je l'ai emmené à la maison. A l'époque, j'habitais dans quinze mètres carrés. Je pense que ça lui a fait du bien de pouvoir discuter, un peu relativiser et rencontrer des jeunes. II est parti le lendemain en me disant : « Merci, mais je ne peux pas te laisser vivre dans 15 m2 comme ça. Tu mérites plus. » Il est parti en disant : « Garde mes affaires, ma guitare, je vais trouver un lieu. » Une semaine et demie après, je reçois un SMS : « Rendez-vous telle heure, tel endroit, fais-moi confiance. » Pour rester fidèle à la logique de mon collectif, j'y vais, et je tombe sur cette maison. Je passe le portail et là je vois Franck. Il me dit : « Bienvenue ! » Et je comprends qu'il avait juste changé les serrures, rebranché l'électricité. Cette maison, abandonnée depuis dix ans, appartenait à la Mairie. Là, il me dit : « Dans une semaine, l'EDF sera à mon nom, et tu pourras emménager car nous ne serons plus expulsables sans décision de justice. Il faut qu'un juge décide de nous mettre dehors, ce qui nous laisse environ un an à un an et demi. (Rires) Et là, c'est le doute, une autre forme de doute : c'est la réflexion contre la spontanéité. D'un côté, j'ai ma réflexion qui me dit : « Tu t'apprêtes à emménager dans un squat avec un clochard. » De l'autre côté, j'ai ma spontanéité qui voit cette maison, qui fait 400 m2, gratuite. Je peux faire tout le bruit que je veux, faire ma musique, inviter mes amis, faire des soirées. Je n'ai pas hésité très longtemps. Surtout pour moi, déménager, c'est rien, J'ai juste à prendre mes habits, ma guitare et c'est parti ! J'y ai été. Alors pour moi qui cherche à décloisonner, mélanger les disciplines, la vie de squatter est assez idéale, parce que quand on est squatter... (Rires) on est à la fois un peu plombier, un peu menuisier, bricoleur, électricien. Il faut aussi développer les qualités de l'historien et du sociologue, réussir à analyser l'histoire et les gens du quartier dans lequel on s'incruste. Il faut être aussi un petit peu diplomate avec les voisins. Je me rappelle par exemple, que Franck avait eu la bonne idée, d'aller gentiment repeindre le portail du voisin d'en face, ce qui faisait de lui une sorte de peintre en stratégie de communication. Et il y un moment où il faut devenir juriste. Il faut pour monter une association, et plaider au nom de cette association. Franck m'a appris tout ça. Il m'a aussi appris pas mal de choses et donné du recul sur pas mal d'éléments. Par exemple, il m'a appris à fouiller dans les poubelles en pleine journée. Il m'a appris à distinguer l'immoral de l'illégal. Il m'a appris à préférer une réalité plutôt qu'une autre. Il m'a appris que celui qui avait raison n'était pas forcément celui qui a la vérité, mais qu'en fait, celui qui a raison est celui qui est le plus persuasif. Il m'a appris aussi une façon de développer du recul sur mon milieu social. C'est la chose, je pense, la plus importante qu'il m'ait apprise. Grâce à lui qui a beaucoup souffert dans sa vie, je me suis rendu compte qu'il y a des gens pour qui la vie est beaucoup plus dure que pour moi. J'ai réalisé que si je me retrouve à organiser des soirées sur les Champs-Élysées six mois après mon arrivée à Paris, c'est parce que j'ai travaillé dessus, mais aussi parce que je suis né dans un endroit où il y a déjà de l'argent. La limite entre les deux n'est pas vraiment difficile à établir. Franck disait : « L'argent, c'est l'art des gens. » L'argent, c'est une quantification du travail, de la qualité de travail des gens, et du temps de travail. Quelqu'un qui a autant d'argent que moi, c'est quelqu'un qui travaille peut-être autant que moi. Quelqu'un qui travaille deux fois plus peut développer deux fois plus d'argent. Mais quelqu'un qui a mille fois plus d'argent que son entourage, ce n'est pas quelqu'un qui travaille forcément mille fois plus ou mille fois mieux. C'est quelqu'un dont l'art est de valoriser l'art des gens, l'art des gens qui l'entourent. Franck disait aussi : « Quand tu consommes, t'es con en somme. » (Rires) Au fur et à mesure, je me suis rendu compte que le décalage entre Franck et moi, et les bobos naïfs que je ramenais, ne me permettait pas vraiment de me projeter dans l'avenir. Franck, petit à petit, a commencé à se monter contre moi, et j'ai dû déménager, parce que ça mettait une sorte de pression mentale. Je ressentais de plus en plus de doutes par rapport à l'avenir. Et c'est là que j'arrive sur les deux mauvais doutes, selon moi : douter de notre bonne intention. Si quelqu'un essaie de vous faire douter de votre bonne intention, protégez-vous de cette personne. Et si cette personne, c'est vous, (Rires) alors réfléchissez à pourquoi vous faites les choses, allez plus loin, plus loin, plus loin, et au fond, vous verrez que vous êtes bien intentionné. Remettre en question ses choix passés : j'ai commencé à me dire : « Mais pourquoi ? Pourquoi suis-je allé dans ce squat avec ce clochard ? » Ce n'était pas du tout mon programme. Je suis arrivé à Paris pour faire de la musique. Je me retrouve dans un squat et au final à la rue !


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Pour moi, ce sont deux doutes destructeurs : un doute qui détruit notre bonne intention, et un doute qui détruit nos choix passés. Depuis ce jour-là, je me suis dit qu'il fallait que j'aie toujours confiance en mon doute. S'il y a une chose qu'il ne faut pas remettre en question, c'est le bénéfice du doute. Je me retrouve dans la rue. J'avais déjà dormi quinze fois chez mes quinze potes. Du coup, je me retrouve vraiment à errer, à rencontrer des personnes, dormir chez des inconnus. Puis, je reçois un message, sur mon portable encore une fois : « Bravo pour l'article dans Glamour ! » Je ne comprends pas. Je vais au bureau de tabac, j'achète Glamour, qu'est-ce que je vois ? Moi ! (Rires) Glamour avait publié un article sur le succès de nos soirées. C'est là je me suis rendu compte de l'impact des médias sur les gens. Moi qui étais au plus bas, qui étais à la rue et qui n'avais plus un sou, je me retrouve avec cet article dans Glamour, et là, d'un seul coup, tout le monde me dit : « Bravo pour ce que tu fais ! » Je ne sais pas si mon père lit Glamour, mais en tous cas, mon père m'a appelé et m'a dit : « Bravo ! C'est un bon bulletin. » A partir de là, il était d'accord pour m'aider, et c'est là que j'ai pu prendre, enfin, un appartement à moi. Donc, je ferme la porte de cet appartement ; je me pose à l'intérieur, dans un sentiment de légalité justement, cette fois-ci, et de moralité. Ça me donne envie de peindre un tableau. J'ai peint ce tableau qui, pour moi, signifie comment on évolue dans la vie, On n'évolue pas de façon linéaire. On a l'impression d'être monté jusque-là, mais en fait, on a fait un tour en arrière et on redescend, mais on ne redescend jamais plus bas que l'étape précédente. J'étais en fin de pente. Je commençais à me stabiliser. Et j'ai réfléchi à comment j'envisageais ma vie. Qu'est-ce qu'il me reste ? Qu'est-ce que j'ai ? Dans quelle direction je devrais aller ? Donc, j'ai repensé à mon collectif, et je me suis dit : « Si j'arrive à faire en sorte que tout notre petit délire de soirées tende à se professionnaliser, je serais quelqu'un d'heureux. » Donc on a pas mal bossé. Ce collectif s'est réuni, qui est fait à 90 % de Strasbourgeois, et on s'est demandé : « Qu'est-ce qu'on veut faire? » On était tous d'accord pour faire différentes choses en même temps, tout en laissant chacun se spécialiser dans son domaine. On s'est dit : « On va faire en même temps un label, en même temps, une agence de publicité, en même temps, une boîte de production vidéo, en même temps, on pourrait faire du Web, et des habits, et en même temps, on pourrait faire... tout ce qu'on veut, en fait. » Les chaussettes Burlington nous ont appelés, car ils avaient bien aimé nos soirées et nos façons de faire des vidéos. Cela a été un des premiers éléments qui tendaient à nous professionnaliser. On a enfin pu faire une vidéo pour un client, pour le monde « normal ». Puis on a eu pas mal de chance parce qu'on a reçu un email d'autres personnes qui avaient bien aimé nos soirées. On a reçu ce mail de trois jeunes qui vivent à Poitiers, qui ont un groupe qui s'appelle « Jabberwocky ». Ils voulaient bosser avec nous car ils se disaient : « On ne va pas signer avec une grande maison de disques, mais plutôt avec des gens qu'on pourra voir, des gens de notre âge, etc. » On a eu beaucoup de chance parce que ce groupe est resté numéro deux des ventes pendant à peu près cinq mois. Puis, ils ont fini dans la pub de Peugeot. (Musique)


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Voilà ! J'ai analysé ce qui fait que j'ai voulu m'investir dans ce collectif par rapport à mon intuition de départ. Mon intuition de départ, c'est que le monde est en train de changer et les domaines, de se décloisonner. Je voulais mélanger ça tout en gardant du recul. Je me suis rendu compte que ce qui différencie un collectif d'une boîte, c'est que dans un collectif, à la base, on est amis. Ce qui fait que si, par exemple, demain, je veux apprendre à faire de la vidéo, ou apprendre à faire du graphisme, je sais qu'il y a un ami quelque part qui pourra m'aider. Si demain, un membre de mon collectif a besoin d'une chanson pour une vidéo, je ne vais pas lui dire : « Envoie-moi un email, je t'enverrai la chanson. T'inquiète. » Je vais lui dire : « Viens à la maison. » Je vais lui faire un sandwich, et on va prendre le temps. Et peut-être que pour la première fois, cela va éveiller chez cette personne, l'envie de faire de la musique. Donc, on garde un peu de recul par rapport à notre spécialisation. Je voulais finir en disant que ce qui maintient un collectif ensemble, c'est le recul. C'est le recul par rapport au doute. Parce que sur le chemin, il y a un conflit entre deux personnes. Et on a le recul de se dire que dans tout conflit qui oppose deux partis, il y a toujours un parti qui représente « la règle », et un parti qui représente son exception, qui n'est pas forcément foncièrement opposée. Cela m'a donné envie d'en faire un tableau pour qu'on comprenne bien. Donc, j'ai fait ce tableau qui, pour moi, symbolise la différence entre la droite et la gauche. Il y a le mec de gauche qui va regarder les petites flèches et dire : « Moi, je veux aller par là. » Et il y a le mec de droite qui voit la grande flèche et fait : « Viens, on va plutôt aller par là. » Et cela crée un conflit. En réalité, je pense que ce qui crée le conflit, ce n'est pas vraiment l'opposition des deux flèches, mais c'est que chez les deux partis, il y a une profonde certitude que l'issue de ce conflit sera une issue gagnant-perdant. Donc, le gagnant va se donner le rôle du gagnant, et le perdant va accepter le rôle du perdant. Mais, en réalité - ce schéma est assez manifeste - il est possible d'avoir deux flèches opposées, au même endroit et au même moment. Pour finir, je voulais dire que j'espère que ce collectif va marcher, et qu'on va réussir à fonctionner sur la durée. Mais, le but à terme, je pense, c'est de réussir à enfin décloisonner l'activité artistique et l'activité pratique, et un jour, peut-être, on arrivera à faire du lucratif humanitaire. Merci de m'avoir écouté.



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